NORMANDY, Nos jours de fêtes

Jusqu'au 30 septembre 2017 - Vernissage le 09/06 à 18h30

NORMANDY, Nos jours de fêtes, 
Simon Roberts

« Il vous reste en gros 400 000 heures pour vivre » : c’est sous ce titre accrocheur que le journal Libération publie en 2012 un entretien avec Jean Viard. Le sociologue, qui a consacré sa carrière à l’étude de la mobilité et des « temps sociaux », y développe sa thèse, tout en chiffres. La durée moyenne d’une vie, expose-t-il, représente aujourd’hui 700 000 heures, contre 500 000 en 1900. On dort 200 000 heures, et la durée légale du travail est passée à 67 000 heures. Déduction faite du sommeil et du travail, il resterait 400 000 heures pour « apprendre, aimer, militer, mourir ». Ce temps « vacant » s’exerce chez soi, dans le lieu de la sociabilité privée que sont la maison et son éventuel jardin, et en plein air, au contact de l’autre - l’autre environnement et l’autre être humain que l’on croisera en chemin. C’est autant ce monde du temps libre passé au grand air, que le territoire de notre région Normandie que Simon Roberts est venu explorer.

Voici donc la Normandie, et ses jours de fêtes et de loisirs, vue par un Anglais. Notre voisin Outre- Manche, le photographe Simon Roberts est une jeune figure de la photographie anglaise. Né en 1974, il s’inscrit dans cette tradition photographique typiquement britannique, s’attachant à faire le portrait de ce qui lie les territoires et les êtres. A la fin des années 2000, il réalise un corpus d’images qui fait date : réunies dans un ouvrage intitulé We English, elles racontent le paysage anglais, habité et arpenté, un espace vécu, siège du quotidien, de fêtes, voire de rituels. Dans la lignée des commandes passées au cours des dernières années par le Centre photographique, dédiées aux paysages des falaises, de la vallée de la Seine ou encore des villes reconstruites, le Centre s’est adressé à Simon Roberts afin qu’il porte son regard sur le territoire de la grande région Normandie. La résidence menée par le photographe anglais est l'occasion de révéler cette fois un territoire perçu comme un vaste paysage humain.

«Prends garde, ô voyageur, la route aussi marche» écrivait Rainer Maria Rilke. Loin d’être une réalité figée, le paysage est expérience et relation, un terrain d’entente ménagé entre le milieu et celui qui l’investit de ses pas et ses émotions. Lui et nous (collectivement  et individuellement), élaborons ensemble une trame mêlant allègrement le réel et le symbolique, le naturel et le culturel, l’objectif et le subjectif. Le photographe a égrené pendant deux années fêtes locales, défilés, commémorations ou activités de loisirs. Quand tout est mouvement, flux, mobilité, lui, s’arrête. Campé sur le toit de son van, ou perché au faîte d’une échelle, il saisit sur le vif la rencontre entre un environnement et ses occupants d’un jour. Entre ces deux protagonistes, le ton est souvent familier, comme dans ce cliché où un groupe d’amis prend ce coin de falaise d’Yport pour son bout de jardin, sortant le barbecue. Des paysages « affectifs », des lieux en partage en somme.

Ainsi perché, l’objectif de Simon Roberts embrasse large. La distanciation face au sujet et aux individus qui en résulte éloigne simultanément la photographie de l’anecdote et de l’instantané pour conférer à ces scènes parfois aussi triviales qu’un bain de mer ou une promenade à vélo, la majesté d’une représentation picturale. Dans l’espace de ces grandes toiles, Simon Roberts brosse un portrait généreux, bienveillant et curieux de la Normandie et de ceux qui la traversent. Explorant tant les bords de mer, les bourgs ruraux, les sites sportifs, ses clichés révèlent une diversité joyeuse et insoupçonnée d’usages et de manières de «vivre» ces paysages.

Une sélection de films amateurs des années 1920 à 1960 issus du fonds de la Mémoire Audiovisuelle du Pôle Image et des cartes postales des années 1900 à 1960 complètent d’une touche vernaculaire, historique et intimiste le tableau de la région esquissé dans cette exposition.

- Raphaëlle Stopin