CHARLES DEFLORENNE

Du 30 mars au 3 juin 2018 - Lancement de Résidence le vendredi 30 mars à 17h30

CHARLES DEFLORENNE,

© Charles Deflorenne, croquis, 2017  

 

Pour la deuxième année consécutive, le Centre d’art et de photographie de Lectoure programme une résidence de création dans ses murs, à la Maison de Saint-Louis, et accueille l’artiste plasticien gersois Charles Deflorenne de mars à juin 2018. Issu du monde rural, Charles Deflorenne s’intéresse à deux domaines qui semblent à priori très éloignés l’un de l’autre, l’art et l’agriculture. Dans ses oeuvres il aborde les questions de territoire, de paysage, de techniques agricoles, de patrimoine et de terroir à travers l’usage de médiums variés : dessin, peinture, édition, sculpture, installation, vidéo, jeu... En confrontant ces notions d’art et d’agriculture et en évoquant la standardisation et l’uniformisation accrue des pratiques, des matériaux, des produits de consommation, il interroge notre société contemporaine, profondément marquée par la mondialisation. Par ce processus historique d’extension du système capitaliste à l’ensemble de l’espace géographique mondial, tout ce qui se passe quelque part affecte la vie et l’avenir des gens partout ailleurs. Globalisation et technologie à travers l’industrie culturelle et l’industrie de l’agroalimentaire, entre autres, semblent façonner avec constance les relations internationales. L’évolution touche aux objets marchands mais aussi de plus en plus aux identités et aux valeurs, c’est-à-dire à l’idéologie dans ses composantes socio-économique et socio-culturelle.

Les espoirs que la mondialisation a suscités, parfois de l’ordre du fantasme, sont aussi à la hauteur des désillusions provoquées par la crise économique persistante des années 2000. À Lectoure, Charles Deflorenne imagine un projet inédit axé sur la notion de terroir. Par le passé, les artistes ont longtemps été ceux par lesquels un pays devenait paysage. Charles Deflorenne est ici celui par lequel un territoire pourra devenir terroir. Communément, le terroir est un territoire associé à une agriculture spécifique. Il est défini à la fois par son milieu biologique et des facteurs humains. Lectoure, ses sols argilo-calcaires, son climat propice à la culture du melon – attestée depuis 1850 et véritablement organisée depuis 1950 – constitue un exemple intéressant (en 2016, le succès de ce produit du terroir aboutit au dépôt de la marque « Le Melon de Lectoure »). Inspiré par cette histoire, Charles Deflorenne invente pour sa résidence + exposition un terroir imaginaire : « la banane de Lectoure ». L’artiste crée, à partir de ce fruit dit exotique, un univers de A à Z fait de sculptures, dessins et installations qui vont se déployer au fil des semaines et graduellement envahir le centre d’art comme un grand jeu de piste où passé et présent, réel et fiction, nature et artifice se mêlent, et ce avec une bonne dose d’humour décalé.

Charles Deflorenne prend comme point de départ des éléments observés et glanés à Lectoure et qui peuvent nourrir et agrémenter un récit, le fil d’une histoire. Il a par exemple remarqué la présence de bananiers et autres plantes exotiques dans les cours des hôtels particuliers et dans les jardins lectourois, témoignages du riche passé d’une certaine bourgeoisie locale. Il note aussi l’importance de l’eau à Lectoure et les possibilités d’utiliser la géothermie pour de potentielles cultures exotiques. Il imagine alors Lectoure dans les tropiques, îlot perchée sur son piton rocheux, sorte d’écosystème insulaire dédié à la culture de la banane… Loufoque à ses débuts, l’histoire acquière peu à peu une dimension tragi-comique et permet à l’artiste d’aborder à travers des médiums éclectiques quelques thèmes de prédilection. Il est question de la mise à mal d’un terroir par la mondialisation, de l’impact environnemental des exploitations, des conséquences d’une monoculture dans un écosystème, de l’usage des produits phytosanitaires dans les cultures…

La résidence constitue un dispositif crucial dans le soutien à la création contemporaine. Au cours de sa résidence + exposition, Charles Deflorenne associera de façon récurrente les publics à la création d’oeuvres nouvelles. Les espaces d’exposition habituels de la Maison de Saint-Louis se transformeront à la fois en ateliers de fabrication et de production d’oeuvres nouvelles et en espaces d’exposition pour des oeuvres déjà produites spécifiquement pour l’ouverture de la résidence. Destinée à la recherche, à la réflexion et à l’expérimentation, la résidence est envisagée à la fois comme un laboratoire et un espace de rencontre entre l’artiste, les habitants, des associations culturelles, des entreprises partenaires, des universitaires et d’autres artistes. Ils pourront ainsi s’approprier et alimenter le projet de la Banane de Lectoure, véritable champ d’expérimentations et de collaborations.